Analyse du scénario :Le voici enfin entre mes mains, le premier crossover Image. Une mini-série en 4 épisodes, publiée fin 1996... par WildStorm, le label de Jim Lee au sein d’Image - et aujourd’hui appartenant à DC.
Pourquoi est-ce que j’insiste sur ce point ? Eh bien parce que cela montre déjà l’orientation. Il ne s’agit pas d’un crossover où tous les membres d’Image sont unis main dans la main (on attend
Image United de pied ferme), mais de l’initiative d’une seule partie. Je ne veux pas dire que les autres n’ont pas donné leur accord, mais ce n’est pas innocent, un label privilégiant bien sûr ses personnages et surtout ses artistes.
Est-ce que cela est gênant sur
Shattered Image ? Ma foi, non.
Premier crossover brassant l’ensemble des personnages, ah c’est ambitieux, pour sûr. Et il fallait donc de l’expérimenté pour relever le défi. Le scénario est signé Kurt Busiek et Barbara Kesel. Pas des manches, avec un CV exemplaire, le premier étant d’ailleurs un auteur réputé.
Un crossover de cette ampleur, c’est tous les persos qui se confrontent puis doivent s’allier pour contrer une menace gigantesque menaçant d’annihiler leur monde. C’est ça, hein ? Pas besoin d’avoir de diplôme pour connaître le pitch avant de feuilleter les premières pages. Eh bien, oui… et non !
On pourrait se la jouer en disant qu’il y a plusieurs niveaux de lectures dans
Shattered Image, mais même pas : le propos est clairement explicite, ce crossover n’est pas une histoire premier degré… mais une métaphore ! Oui, vous avez bien lu. La surprise vient de là. Alors certes il y a ce que l’on attend, le pitch cité ci-dessus. Mais en fait, la mini-série est une allégorie de ce qu’est à l’instant T Image.
Shattered Image n’est donc pas un crossover fourre-tout lambda, mais au contraire une allégorie de ce que voudrait être Image mais de ce qu’elle est en réalité. En bref, les auteurs nous convient à réfléchir sur l’image d’Image… et ses principaux instigateurs par la même occasion !
De simples clins d’œil jusqu’à des démonstrations explicites en passant par des gags révélateurs,
Shattered Image est un amoncellement de mises au grand jour de ce qu’est Image : chaque membre fondateur a créé sont propre univers avec une pléiade de personnages, et a oublié qu’à la base ils étaient unis. Au premier degré, vous avez donc les divers personnages qui interagissent (toujours savoureux pour nous les fans), et au deuxième degré vous avez ce constat. Avec le recul, le titre est déjà révélateur !
La réflexion se veut d’abord décalée - comprenez humoristique voire satirique -, comme dans la scène de groupe au début du #2. Puis devient à la fin le propos évident et porté au nu, à l’occasion du #4... Où à l’instar d’un épisode de
Spawn ou de
Gen 13, de grandes icônes hors Image apparaissent. Les personnages ne sont alors plus des caractères de fiction, mais bel et bien la représentation de leurs créateurs respectifs ou d’idéaux.
Le dessin : une claque !On l’a vu, thématiquement,
Shattered Image n’est vraiment pas à quoi l’on s’attend. Même si ce n’est pas fait de manière des plus fines et subtiles, ça vaut son pesant de cacahuètes. Et visuellement, est-ce que ça passe ?
Réponse : oui, et doublement oui !
Les #1 et #4 sont signés par Tony Daniel, que l’on connaît bien puisqu’il a dessiné du
Spawn. Il a sont style de l’époque, rondouillard et exagéré tout en étant extrêmement dynamique. Personnellement j’adore, il donne une pêche d’enfer à ses planches. De plus, il est parfaitement encré par Kevin Conrad. Et finalement son choix est pertinent, lorsque l’on comprend la réelle teneur de l’histoire (pour ceux qui ne captent pas, relisez-moi tout ce qui précède !).
Les #2 et #3 sont dessinés par des recrues pur jus de WildStorm, à savoir respectivement Michael Ryan et Dan Norton, au styles un peu moins détaillés que Daniel, mais qui ne déméritent pas. Car là je dis bravo, chapeau messieurs. Car dessiner autant de personnages différents à chaque page, ça n’a pas dû être une partie de plaisir tous les jours. Et ils s’en sortent tous haut la main, et avec les honneurs.
Ajoutez à ça les réajustements de dernière minute faisant écho à l’actualité immédiate : départ de Rob Liefeld, qui fait que dans les #3 et #4 Badrock est remplacé par Barbaric et les personnages de Liefeld par d’autres ; annonce du départ puis finalement non de Marc Silvestri, résolu en catastrophe dans les dialogues de la dernière case du dernier épisode… Ouf !
A noter quelques grosses erreurs de couleurs, la plus flagrante étant appliquée à Mighty Man dans deux planches du #3 : houla, d’un peu plus on aurait cru voir un nouveau personnage sorti de nulle part.
Et Spawn dans tout ça ?Eh oui, et Spawn dans tout ça ? Eh bien il apparaît dans chaque épisode. Son positionnement est intéressant, puisque dans son raisonnement il ferait mieux de ne pas intervenir - c‘est-à-dire de laisser les mondes/labels faire bande à part -, car comme cela il n’aurait pas été tué par Chapel, et coulerait des jours heureux avec Wanda ! Spawn est donc en retrait de l’action. Ce qui n’empêche toutefois pas son rôle d’être important, comme illustré dans le dernier épisode.
En résumé :Comment ça, vous voulez que je vous fasse un résumé ? Mais tout ce que j’ai écrit jusque-là en est un ! Si si, je vous assure !
Non allez, sérieux.
Shattered Image n’est définitivement pas ce à quoi l’on s’attend traditionnellement en prenant un crossover global. Il n’est pas ce qu’il paraît être. Visuellement superbe et tout en action, il est en fait très verbeux et réflexif, une analyse d’un jeune éditeur à/aux (l’)univers foisonnant(s) dont les membres se dispersent. La réflexion n’est certes pas portée sur un sujet des plus capitaux, mais le propos fait que
Shattered Image est à la fois une tentative de crossover raté mais une analyse pertinente d’un morceau du comics bizne$$ à une époque donnée.
Y a-t-on gagné ? C’est à chacun de se faire un idée…
- Duke_Oliver - (merci à ceux qui ont tout lu)